MÔN


MÔN
MÔN

Dans l’histoire des civilisations de l’Asie du Sud-Est occidentale, la culture môn a joué un rôle important, parfois occulté, et qui peu à peu révèle son ampleur. Les Môn, en effet, ont diffusé là des traits culturels venus de l’Inde (langues sanskrite et p li, écriture pallava, textes de divers courants du bouddhisme), notamment via le Bengale du Nord (techniques et représentations: sculptures, temples, mythes, histoire), tout en créant au passage certaines formes qui leur sont propres.

Ce peuple qui a bâti, à plusieurs reprises, aussi bien en Birmanie qu’en Thaïlande, des royaumes prospères et brillants n’est plus aujourd’hui qu’une minorité revendiquant son identité, malgré la fiction d’un État fédéré môn dans le cas birman. On évalue sa population, à la fin des années soixante-dix, à 1 million de personnes en Birmanie, de 60 000 à 100 000 en Thaïlande. Son emblème est une sorte de canard, qui représente le ha face="EU Updot" 拉sa brahmanique.

La langue môn fait partie de la famille des langues môn-khmer qui comprend, outre le khmer, neuf autres groupes de dialectes, dont les mots sont de même racine, et qui sont parlés par des ethnies habitant – ou ayant habité – les montagnes ou les plaines isolées, depuis l’Inde du Nord-Est jusqu’au sud de la Chine. Pour cette région du monde, les écritures môn et khmer sont parmi les plus anciennes.

Plus de mille ans d’histoire

Les spécialistes – anglais notamment – ont longtemps débattu de l’origine des peuples môn-khmer: venaient-ils de la vallée du Yangzijiang? Constituaient-ils le fond de population de la péninsule? Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs ont délaissé cette question, issue de l’ethnologie, pour se consacrer, à partir de fouilles archéologiques minutieuses, à l’établissement de périodes précises de la fin de la préhistoire et de la proto-histoire. En témoigne le grand colloque de Londres de 1973 sur les «débuts de l’Asie du Sud-Est» qui a fait le point sur la question.

Après la disparition du (ou des) royaume(s) que les annales chinoises des royaumes Wu du Sud appelaient le Fu-nan, au centre de la péninsule, il est fait mention d’un royaume de Tun-sun (ce qui signifie «cinq cités» en proto-môn qui aurait été situé entre la mer d’Andaman et le golfe de Siam. D’autres annales du IIIe siècle évoquent, pour le même endroit, des royaumes où s’échangeaient des marchandises d’Occident et d’Orient. Plus tard, les récits des voyageurs arabes relateront les mêmes faits. Mais cela n’a guère été confirmé archéologiquement jusqu’à présent.

Cependant, si l’on suit les sources chinoises, en général fiables, les premiers établissements môn connus, au nord de l’isthme malais, ont été un lieu d’échanges de biens matériels et immatériels entre l’Inde et, au-delà, l’Occident, d’une part, et le monde chinois, de l’autre. En effet, les royaumes môn successifs obéiront à cette vocation d’être à la fois les véhicules de traits culturels, bouddhiques généralement, et les conservateurs de ces derniers.

Vers les Ve-VIe siècles de notre ère sont apparues, dans le bassin inférieur de la Menam, des principautés, probablement alliées entre elles, qui produisirent une floraison de temples ornés, de sculptures illustrant des textes bouddhiques, notamment des avad na , ou des épisodes de la vie du Bouddha, ou encore la doctrine. Les historiens de l’art et les archéologues se sont plu à désigner l’ensemble de cet art sous le terme de Dv ravat 稜, du nom d’un royaume (Nakorn Pathom?) qui a duré de 589 à 689 de notre ère.

Cette brillante civilisation, dont on a retrouvé quelques épigraphes – les plus anciens en môn –, s’est prolongée jusqu’au Xe siècle. Fondée sur la culture du riz inondée et l’architecture sacrée de brique, elle s’appuyait sur des peuples vassaux – tels les Lawa – et avait ses esclaves. Elle disparut peu à peu devant l’avancée des Khmer, puis des Thaï, à partir, pour ces derniers, de leur royaume du Nord-Est, le Lan na.

Une principauté, Haripuñjaya, a duré plus que les autres: elle a produit une statuaire, une langue et une architecture originales, pendant que se maintenaient de petites principautés môn au sud de la Birmanie.

La renaissance môn apparaîtra, vers le milieu du XIe siècle, en Birmanie centrale, à un coude de l’Irrawaddy, à Pagán. On connaît mal les principautés du Sud à cette époque; leur influence sur Pagán a dû être négligeable, en dépit de la légende birmane d’un roi (birman), Anawratha, qui aurait importé de force hommes et textes de la basse Birmanie (Thatön) vers Pagán.

Cette dernière cité, à l’étonnante densité de temples, aux styles si différents, a connu diverses influences: art p la, moines réfugiés de l’Inde gangétique, artisans venus du nord du Bengale. C’est une époque de grandes inscriptions môn, des dédicaces en général, gravées sur des stèles, sur des parois de temples, ou encore commentant des peintures relatant des cosmogonies. Mais, après plus d’un siècle de créations, le Pagán môn va disparaître, au profit de celui des Birmans.

La culture môn va alors rejaillir à Pégou, au sud-est de la Birmanie. Là, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, trois royaumes (Pégou, Martaban, Bassein) sont organisés selon une symbolique sacrée complexe, aux embouchures des trois fleuves de cet endroit. L’histoire en est marquée par des fondations, des échanges – avec la Chine, la Thaïlande, l’Inde, l’Indonésie –, des réformes bouddhiques, des guerres, d’énormes épigraphes et de nombreuses créations littéraires. Le port de Martaban, centre cosmopolite, verra les premiers Portugais y signer un traité.

Œuvres plastiques et littéraires

À plusieurs reprises, les Môn ont transformé les apports de l’Inde pour créer des styles propres, dont s’inspireront à leur tour les cultures voisines. Le «Bouddha asexué môn» sera reproduit et conservé dans toute l’Asie du Sud-Est, de même le Bouddha assis «prenant la terre à témoin». Mais il y a eu aussi des formes qui n’ont pas duré, malgré leur originalité: ainsi des énormes «roues de la Loi», en pierre, qui devaient être dressées sur un piédestal élevé, à l’entrée de l’enceinte des temples.

L’art môn se caractérise par la symétrie et la frontalité. En évoluant à partir d’un modèle indien (pallava, post-gupta, puis p la), il simplifie de plus en plus le même ensemble de motifs. Parfois, au contraire, il évolue vers des outrances, comme à Haripuñjaya, dans le traitement des visages en terre cuite.

À Pagán, l’influence p la prédomine au début, notamment pour les peintures murales de l’intérieur des temples. Quant au décor, souvent en stuc ou en terre cuite, quand il n’est pas d’inspiration bouddhique, il représente, par des symboles, des mythes solaires complexes.

L’architecture a considérablement évolué. Les temples sur terrasse à niches décorées du début voisinent avec des st pa (reliquaires géants en forme de cloche ou de bulbe). Puis il y aura – à Haripuñjaya – des monuments à étages décroissants et, à Pagán, des temples cruciformes à corridors et noyau central plein, selon un modèle indien, qui reproduit l’ensemble, miniaturisé, sur les toits. De l’architecture civile, et singulièrement des palais royaux, il ne reste que ce qu’en décrivent les inscriptions, particulièrement à Pagán et à Pégou. Hormis cela, tout l’art est religieux et se veut édifiant.

La littérature, en dehors de celle des inscriptions – souvent fort belle –, est mal connue. Elle va des textes historiques à des mythes, des commentaires religieux à des traités (de magie, de médecine, d’astrologie, de grammaire). Mais elle comprend aussi des recueils de poèmes narratifs, soit ironiques soit graves. Les recueils juridiques sont importants car ce sont les Môn qui, avant le XIe siècle, ont adapté les lois de Manu indiennes à une société bouddhisée. Toutes les autres cultures de la région s’en sont, par la suite, inspirées. Mais le genre préféré des Môn d’hier et d’aujourd’hui reste l’épopée, pour sa théâtralité, et parce qu’elle exalte un sentiment de l’honneur qui leur est cher.

Le style oscille entre le lyrisme et la concision assez sèche. Les métaphores y sont parfois très subtiles, jouant du double sens, abstrait et concret, de certains termes.

Dans la littérature orale, plus populaire, et plus leste, il subsiste des traces du passé prestigieux de ce peuple, en même temps que de la métrique complexe de la poésie de cour. Mais l’écrit reste l’objet du plus grand des respects et les livres le plus souvent réimprimés, encore de nos jours, sont les syllabaires et les manuels pour apprendre à lire le môn.

Un bouddhisme sanskrit du Petit Véhicule

On affirme encore de nos jours que le bouddhisme de l’Asie du Sud-Est est – et a toujours été, au moins depuis le XIIe siècle – celui du Mah vih ra de Ceylan.

Un chercheur thaï a cependant montré que certaines sculptures des royaumes anciens de Thaïlande ne relevaient pas de l’iconographie de ce bouddhisme. La même chose a été démontrée pour certaines plaques vernissées à Pagán et à Pégou. Les premières illustrent des avad na , les secondes l’armée de M ra, le démon bouddhique. Or, pour ces dernières, on a retrouvé des textes manuscrits parallèles datant du XVIIIe siècle. En d’autres termes, les Môn ont véhiculé un autre courant bouddhiste, depuis leur histoire la plus ancienne jusqu’à la plus récente. Il s’agit bien d’un courant du Petit Véhicule, mais de langue sanskrite, qui devait être dans la mouvance des Sarv stiv din, secte qui fut fort répandue en Inde, et dont on soupçonnait l’existence en Asie du Sud-Est (mais au Cambodge) à haute époque.

Cela remet en cause l’histoire du bouddhisme de cette région du monde, telle qu’on l’enseigne encore le plus souvent. Les crises, les conciles locaux n’avaient pas seulement pour fonction de réformer la conduite des moines dont les mœurs se relâchaient, ils avaient surtout pour cause des querelles de doctrines, des luttes de sectes, comme c’est le cas pour toute grande religion.

Quoi qu’il en soit, la connaissance de la culture môn, qui est encore dans l’enfance, promet sûrement d’autres belles découvertes.

mon [ mɔ̃ ], ma [ ma ], plur. mes [ me ] adj. poss.
meon Xe; des adj. lat. à l'accus. meum, meam, meos et meas en emploi atone. REM. Liaison : mon ami [ mɔ̃nami ] , vieilli [ mɔnami ] .
I(Sens subjectif)
1Qui est à moi, qui m'appartient ( je, moi). « Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune » (Racine). Mes livres. Ma maison. Mon chien. Par ext. Ma taille; mon poids. Mon œil ! REM. Devant les noms désignant les parties du corps, l'art. déf. remplace l'adj. poss. (J'ai mal à la tête; je lui tends la main), sauf quand il importe d'insister sur la possession : « Je pose ma main sur ma poitrine » (F. Mauriac). C'est mon opinion. À mon avis. « Rien que MES idées À MOI » (Vallès). Je cherche dans mes souvenirs. Ma naissance, ma jeunesse. Mon destin. De mon vivant.
Dont je suis l'auteur, l'agent. Mon œuvre. Tout est de ma faute. Présentez-lui mes hommages. Mon travail. Mon métier. Pendant mes études.
Qui m'est habituel ou me convient. Je vous répondrai à mon heure. Ce n'est pas mon genre. Je prenais mon petit apéritif du dimanche.
Par ext. Qui est le mien, auquel j'appartiens. Ma famille. Ma nationalité. Les gens de mon espèce. Ma génération, ma promotion. De mon temps. Dans ma rue.
2(Devant un nom de personne) Exprime la parenté ou des relations variées. Mon père, ma femme, mes enfants. Ciel, mon mari ! Ma petite sœur. Mon patron. Mes élèves. Mes voisins, mes clients, mes invités. Mon dentiste. Ma secrétaire. Mon auteur préféré.
3Par ext. (marquant l'intérêt personnel) Alors, mon type s'est mis à courir comme un fou. (S'appliquant à un objet que l'on s'est pour ainsi dire approprié par son travail, son étude) Je connais mes classiques. Je gagne mon bifteck.
4(En s'adressant à qqn) Oui, mon oncle. Viens, mon enfant. Mon cher ami. Mon amie (vx M'amie). Mon cher monsieur. Ma pauvre. Mes chers auditeurs. Mon chéri. Mon amour. Mon ange. Mon vieux. « elle l'accablait de petits noms : mon chien, mon loup, mon chat » (Zola). « c'est que je t'aime tant, mon René » (Bourget). Relig. Mon Père. Ma sœur. Mes bien chers frères. Mon Dieu.
Milit. (sauf dans la mar.) En parlant à un supérieur Mon lieutenant, mon général.
Fam. (marquant des nuances très diverses, de la camaraderie à l'ironie, au mépris) Ah ! bien, mon salaud, mon cochon. « C'est que je vous connais, mes bougres ! » (Zola).
II(Sens objectif) De moi, relatif à moi (personnes). Mon persécuteur, mon juge : celui qui me persécute, me juge.
(Choses) Elle est restée dix ans à mon service. À ma vue : en me voyant. On m'a félicité de mon élection. Il était venu à mon aide. « ma rencontre lui était désagréable » (France). Loc. À mon égard, à mon intention, en mon honneur, en ma faveur.
⊗ HOM. Mont; poss. mas, mât.

mon, ma, mes adjectif possessif de la 1re personne du singulier (latin meus) [Au lieu de ma, on emploie mon devant un nom ou un adjectif féminin quand celui-ci commence par une voyelle ou un h muet : Mon amie. Mon histoire.] Qui est à moi, qui vient de moi, qui me concerne, qui m'est propre ou qui est tel par rapport à moi : Mon chat. Je parlerai à mon heure. S'emploie devant certains noms de titres ou de grades au sein d'un groupe : Mon père. Mon général.mon, ma, mes (difficultés) adjectif possessif de la 1re personne du singulier (latin meus) [Au lieu de ma, on emploie mon devant un nom ou un adjectif féminin quand celui-ci commence par une voyelle ou un h muet : Mon amie. Mon histoire.] Prononciation et orthographe Ma devient mon devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet : mon ancienne propriétaire, mon amie, mon habitude (mais ma honte). Remarque Dans ce cas, n se lie avec le mot qui suit, et la prononciation de -on tend parfois vers o, notamment en Ile-de-France. Il en va de même pour ton et son. Emploi Mon, ma, mes remplacé parle(mon bras est cassé / je me suis cassé le bras). → lemon, ma, mes (homonymes) adjectif possessif de la 1re personne du singulier (latin meus) [Au lieu de ma, on emploie mon devant un nom ou un adjectif féminin quand celui-ci commence par une voyelle ou un h muet : Mon amie. Mon histoire.] mont nom masculin m'ont forme conjuguée du verbe avoir m'a forme conjuguée du verbe avoir maie nom féminin mais adverbe mas nom masculin m'as forme conjuguée du verbe avoir mât nom masculin mée nom féminin met forme conjuguée du verbe mettre mets nom masculin mets forme conjuguée du verbe mettre mes mai nom masculin maie nom féminin mais adverbe mais conjonction mée nom féminin met forme conjuguée du verbe mettre mets nom masculin mets forme conjuguée du verbe mettre

mon, ma, mes
adj. poss. masc. Sing., fém. Sing., et Plur. de la première personne, marquant:
d1./d la possession. Ma maison. Mon fils;
d2./d des rapports divers (affectifs, sociaux, d'habitude, de convenance, d'intérêt, etc.). Mon meilleur ami. Mon général. Ma promenade quotidienne. Mon dentiste.
Fam. Voilà mon homme qui se met à courir;
d3./d des relations grammaticales (sujet ou objet d'une action). Veuillez accepter mes excuses, celles que je vous fais. Venez à mon secours, me secourir. (N.B. On emploie mon au lieu de ma devant un nom fém. commençant par une voyelle ou un h muet: mon île, mon horloge.)

⇒MON, MA, MES, adj. poss.
[Déterm. du subst. ayant d'une part une fonction d'actualisation comparable à celle de l'art. le et, d'autre part, marquant la 1re pers. du sing. dans le groupe nom. Comme déterm., il s'accorde en genre et en nombre avec le subst. du groupe nom.; comme 1re pers., il est porteur de la marque de nombre (le sing.), mais non de celle de genre]
Rem. Le fém. ma est remplacé par mon devant voyelle ou h «non aspiré»: mon amie, mon habitude.
I. — [En dehors de l'interpellation]
A. — [Exprime une relation interpersonnelle entre le locuteur je et la pers. que désigne le subst.]
1. [Lorsque la pers. est désignée par un subst. exprimant un rapport de parenté ou tout autre type de relations sociales, le poss. est de règle] Mon père, ma soeur, ma grand-mère, mon parrain, ma marraine, mon patron, mon ami, mon collaborateur, ma voisine, etc., m'a dit...
Rem. L'absence de déterm. (ex. mère m'a dit que...) est un archaïsme suggérant une manière de s'exprimer propre à la grande bourgeoisie, à l'aristocratie; l'art. déf. en lieu et place du poss. (la mère m'a dit que... «ma mère» relève d'un niveau de lang. pop. ou partic. à des régions).
2. [Avec les hypocoristiques frérot, maman, papa, ou avec oncle ou tante suivis d'un prénom, le poss. est facultatif; sa présence relève souvent du lang. enf.] Il faisait perdu, mon papa, dans ses vieux vêtements! Ses falzars surtout y tenaient plus à rien! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p.564).
3. [La présence du poss. devant un prénom confère à la désignation une valeur affective] «Depuis que le Bon Dieu m'a privée de mon Jacques», gémissait-elle, «je ne suis plus que la moitié de rien du tout» (MARTIN DU G., Thib., Consult., 1928, p.1059).
4. Littér. [Le poss. renvoie au locuteur-narrateur et marque la proximité affective (souvent ironiquement) de celui-ci vis-à-vis des pers. ou personnages dont il parle] — Oh! monsieur, c'en fait bien un peu! Le maître l'envisage, voit que mon Plampougnis estime qu'on lui donne ce morceau de je ne sais combien de livres pesant pour sa part (POURRAT, Gaspard, 1922, p.59). Je m'étais poussé un peu sur la gauche et en arrivant à un sentier qui bordait la lisière, je vois mon Toucheur sauter dans le chemin creux qui mène vers la maison, tu sais bien (AYMÉ, Jument, 1933, p.57). Par la porte entre-bâillée le gendarme, mon gendarme de la rue Santénika, m'aperçoit, me fait signe d'entrer, me pousse au premier rang (...). Ce que c'est, quand même, que d'avoir fermé les yeux sur le bagne de femmes annexé à la prison militaire! (VERCEL, Cap. Conan, 1934, p.81):
1. ... quand elle entrait dans une boîte tout le monde la regardait, ça faisait une sorte de silence... Mon François était fier comme un paon...
VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p.59.
B. — [Exprime une relation de dépendance (de ce que désigne le subst. par rapport au locuteur je)]
1. [La relation est celle d'une possession «inaliénable»] Mon corps, mes yeux; je perds mon sang, mes forces; je reprends mes esprits; je l'aime de tout mon coeur. (...) Vous n'avez pas été suivie? — Je ne crois pas, j'ai pris mes jambes à mon cou (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.79).
Rem. 1. P. oppos. à le (la, les) art. de la généralité, dans les expr. du type j'ai mal à la tête désignant une variété de malaise, ou je serre les poings exprimant un geste symbolique (colère), le poss. marque une référence concr.: j'ai mal à ma tête, je serre mes poings. 2. Le poss. est exclu avec les verbes réfl.: je me gratte ma tête, je me lave mes cheveux, ou avec les verbes admettant un compl. datif à qqn: elle me relève ma tête, elle me lave mes cheveux.
[Le subst. désigne une période appartenant à la biogr. du locuteur] À mon âge. Sur ce coteau consacré au raisin, les pins de mon enfance m'entourent tout à coup (MAURIAC, Journal occup., 1942, p.343). De mes premières années, je ne retrouve guère qu'une impression confuse (BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p.9).
2. [Marque un rapport de possession (ma voiture, mes sous) ou une relation de dépendance plus vague (ma chambre «la chambre que j'occupe, qu'on vient de m'allouer», ma lettre «la lettre que j'ai écrite, expédiée», mon image, mon reflet «le reflet que je produis»)] Mon coolie-pousse ruisselle: la course est longue (MALRAUX, Conquér., 1928, p.11). Certains d'entre nous riaient de pitié quand ils surprenaient d'aventure quelques «culs-terreux» à parler entre eux de leurs travaux, qui disaient mes boeufs, mes vaches, mes betteraves, ma charrue, tous possessifs ridicules au jugement de qui ne connaît pas les champs, et comme chacun s'y identifie avec le bien qu'il fait valoir (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p.193). Sur une étagère ma photographie souriait (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p.491).
En partic. [Marque que le locuteur considère qqc. comme un acquis, comme un dû] Et là, après un silence assez long, elle murmura: — «Voilà mon été absolument gâté» (MARTIN DU G., Thib., Belle sais., 1923, p.922). Déguerpis immédiatement, et qu'on ne te revoie plus ici. Inutile de revenir demain. Allez, calte. — Et ma journée, Monsieur Tortose? (QUENEAU, Pierrot, 1942, p.31). Je n'ai plus qu'à vivre dans son souvenir et pour son souvenir. J'ai eu mes huit ans de bonheur. C'est immense (DRUON, Gdes fam., t.1, 1948, p.65):
2. «Il n'y a plus d'heure française, eh! fada. De Marseille à Strasbourg les Fritz ont imposé la leur.» «Peut se faire, dit le sergent, paisible et têtu. Mais celui qui me fera changer mon [it. ds le texte] heure il est pas encore né».
SARTRE, Mort ds âme, 1949, p.257.
[Marque l'habitude, l'identification du locuteur à une activité] C'est vrai que je suis toujours en train de faire mon petit travail (...). Mes petites fiches, mes petites notes, mes bouts de papier. Ils finissent par me bouffer complètement, j'y perds le sens des réalités (R. PINGUET, Quelqu'un, Paris, éd. de Minuit, 1965, p.10):
3. Et vous, quel est votre café, si on voulait vous faire dire quelque chose? — Comment, mon café? — Oui, votre café habituel. — Je n'ai pas de café habituel, dit Alban, offensé.
MONTHERL., Bestiaires, 1926, p.394.
[Le subst. désigne le produit d'une activité] Mon livre, mon article. Le livre, l'article que j'ai écrit.
3. [Le poss. du groupe nom. obj. est coréférent au suj. je de la prop. et présente le procès du point de vue subjectif du locuteur]
[Le poss. est substitué à l'art.] Je fais ma cour, mon choix, mes débuts, mon enquête, mon malin; je pique ma crise; je prends mon élan; je donne mes ordres.
♦[Le poss. marque qu'une activité est de la responsabilité du locuteur] J'ai des Polonais, on n'arrive pas à écrire leurs noms... Faut pourtant que je tienne mon livre bien à jour (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.116). — Porc de temps! — Chaque fois que je dois aller chercher mon foin, c'est pareil (GIONO, Colline, 1929, p.37).
[Dans des expr. lexicalisées] Je fais mon affaire (de); je prends mon parti (de); je prends mon plaisir, mon pied (arg.); je vais mon chemin; je fais de mon mieux, mon possible. C'est à croire que vous n'avez qu'une pensée: m'empêcher de vivre ma vie et de courir ma chance (DUHAMEL, Combat ombres, 1939, p.35).
4. [Dans des loc. circ.] À mon avis, à mon goût, à mon gré, à mon insu, à mon sens. Va t'occuper de ta bagnole, criait-il... Et laisse-moi soigner les chevaux à mon idée! (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.97). Un écrit destiné à paraître sous le manteau, à mes risques et périls (MAURIAC, Bâillon dén., 1945, p.387). Pour posséder mon corps hors de toute tâche urgente, pour en jouer à ma fantaisie (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p.130).
C. — [Transpose dans le groupe nom. le pron. pers. je (le subst. est un dér. morphol. de verbe ou le subst. compl. d'un verbe opérateur)]
1. [Mon est l'équivalent de je, suj. actif d'un procès ou siège d'un état]
[Le subst. est lié morphol. à un verbe] Mon acceptation, mon accès, mes allées et venues, mon analyse, mon appel, mon arrivée, mon arrêt, mon aveu, mon calcul, mon engagement, etc.
[Le subst. est le compl. d'un verbe opérateur] Mes accusations (les accusations que je porte), mes avances (les avances que je fais), ma commande (la commande que j'ai faite), mon crime (le crime que j'ai commis), mes ordres (les ordres que j'ai donnés), etc.
[Le subst. correspond à des verbes d'état ou des constr. attributives] Mon aisance (je suis à l'aise), mon angoisse (je suis angoissé), mon amertume (je suis amer), mon anxiété (je suis anxieux), mon dégoût (je suis dégoûté), ma faim (j'ai faim), etc.
2. [Le syntagme nom. exprime une action subie par le suj.] Est-ce que je pouvais dire, moi: après mon arrestation, je ferai ceci? (CAMUS, Peste, 1947, p.1378).
Rem. Liste des princ. subst. à sens passif (ce qui n'exclut pas pour certains la possibilité d'un sens actif): admission, arrestation, assassinat, capture, convocation, défaite, défense, dénonciation, éducation, élection, élimination, enlèvement, examen, exécution, formation, incarcération, inculpation, initiation, inscription, installation, intéressement, jugement, libération, maintien (en fonction, dans les lieux), mise (à l'essai, en condition, etc.), mutation, opération, présentation, prise (en compte), protection, punition, rachat, radiation, renvoi, sélection. Dans des loc. prép.: à mon aide, à ma perte, à ma poursuite, à ma rencontre, à mon secours.
II. — [Dans l'interpellation ou l'exclam.]
A. — [Au vocatif, c'est-à-dire dans une situation d'interpellation]
1. [Les termes de parenté utilisés comme interpellatifs sont en gén. employés sans l'adj. poss.; la présence du poss. marque diverses nuances]
[Devant les hypocoristiques (p. ex. frérot, maman, papa, soeurette, tonton), le poss. renforce l'affectivité inhérente au terme] J'ai encore eu dix sur dix, mon papa, pour le thème (MALÈGUE, Augustin, t.1, 1933, p.61).
[Devant enfant, fille, frère, garçon, mère, père, soeur, etc., la présence du poss. suggère auj. une manière de s'exprimer propre à la grande bourgeoisie ou à l'aristocratie, ou marque une volonté de solennité] Notre père, brusquement et, comme toujours, aussitôt après le Bénédicité, lisse ses moustaches et déclare: — Mes enfants, je suis obligé de vous mettre au collège (H. BAZIN, Vipère, 1948, p.270). Dona Inès: Dis-nous, ma mère, les raisons de ta visite? (CAMUS, Chev. Olmedo, 1957, 1re journée, 5, p.727).
2. [Le poss. est très fréq. associé à des termes exprimant l'amour ou l'affection]
[Associé aux subst. amour, ami, etc.] Tu te souviens, ma bien-aimée, de ces vomissements? Ta chère main soutenait ma tête (MAURIAC, Th. Desqueyroux, 1927, p.183). Jean, mon amour..., murmura-t-elle. Pauvre amour... Mais, comme tu es bouleversé (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p.194).
[Associé aux noms d'animaux] Ma chatte, ma colombe, mon poussin, etc. Des chuchotements fusèrent un peu partout: Viens! viens! viens! La petite ne bougeait pas; viens, mon poulet, viens, viens, ma cocotte, viens! (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p.84).
[Associé à des groupes nom. comportant un adj. exprimant l'affection (bon, cher, chéri, doux, etc.), la compassion (pauvre), l'ancienneté des relations (vieux), l'enfance ou l'assimilation à l'enfance (petit), etc.] Mon pauvre Armand, tu es quelquefois d'un cynisme... (MARTIN DU G., Taciturne, 1932, I, 6, p.1254). Mon cher papa, pardonne-moi, mon cher papa, la peine que j'ai pu te faire (PAGNOL, Fanny, 1932, I, 1er tabl., 14, p.53). Ce n'est pas le bon chemin, ma pauvre dame, ici ça ne mène nulle part (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p.18).
♦[Avec l'adj. subst. ou avec effacement du subst.] Mon cher, mon/ma chéri(e), mon/ma grand(e), mon/ma petit(e), mon vieux, ma vieille. — Hé, mon brave. Faut aller se coucher. — ... core un petit verre, patron (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p.60). Tout son petit corps tremble. — M...! Tu meurs de froid, ma belle (BERNANOS, Mouchette, 1937, p.1272).
[Dans des tours du type eh bien, mon cochon, mon salaud, ma vache, exprimant la réprobation (souvent mêlée d'admiration ou d'affection)] Mais ma pauvre petite vache, est-ce que tu te rends bien compte que des centaines et des centaines de types qui ont été au stade et à l'école et tout, y ont laissé leur peau (COCTEAU, Machine infern., 1934, I, p.28).
3. [Le poss. de 1re pers. est présent dans les vocables servant à l'interpellation polie: madame/mesdames, mademoiselle/mesdemoiselles, monsieur/messieurs; ces vocables sont employés tantôt seuls (hep, monsieur, votre chapeau), tantôt suivis du nom ou du prénom (dites, monsieur Dupont, dites monsieur Jean), tantôt du titre (j'ai l'honneur, Madame la Présidente)]
4. [Un militaire s'adressant à un supérieur doit obligatoirement utiliser le poss. de 1re pers. pour les grades supérieurs, dans les armées de terre et de l'air: mon adjudant, mon capitaine, mon colonel, mon général, mon lieutenant; cet usage est exclu pour les grades inférieurs à celui d'adjudant (et, en Belgique, pour adjudant selon GREV. 1980, § 910) ou lorsque l'interpellateur est de rang égal ou supérieur ou encore lorsque le locuteur est une femme]
5. [Lorsque l'interpellateur est un orateur s'adressant à une vaste communauté, le poss. est exclu (citoyens, citoyennes; Français, Françaises; soldats, je suis fier de vous; camarades...); en revanche dans le cas d'une communauté réduite, le recours au poss. suggère des rapports plus personnels (mes chers amis, mes chers collègues); le poss. est d'usage lorsque l'interpellateur est un religieux s'adressant à une assemblée de fidèles: Lorsqu'il attaqua l'assistance d'une seule phrase véhémente et martelée: «Mes frères, vous êtes dans le malheur, mes frères, vous l'avez mérité», un remous parcourut l'assistance jusqu'au parvis (CAMUS, Peste, 1947, p.1294)]
6. En partic. [Le locuteur invoque Dieu ou ses ancêtres] Le Poëte: Qu'est-ce que c'est, mon Dieu? (CLAUDEL, Endormie, 1883, p.11). Oh! Ma mère! Si tu les avais vus! Les v'là partis à gueuler en charabia, on ne s'entendait plus (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p.221).
B. — [Dans certaines loc. exclam. par lesquelles le locuteur jure, atteste, défie, récuse] Mon cul ou var. mes couilles/mes fesses (vulg.), ma foi, mon œil, ma parole. — Seigneur, je n'ai plus rien. — Alors, allez-vous-en. Ma parole, si vous reparaissez sans être mieux muni, vous serez mal venu! (FARAL, Vie temps st Louis, 1942, p.95). Je l'ai aperçu qui discutait avec un ami (un assez joli garçon, ma foi) (QUENEAU, Exerc. style, 1947, p.137). On entendit au loin le claquement sec d'une mitrailleuse. — DCA? — DCA, mon cul! c'est l'avion qui tire, oui! (SARTRE, Mort ds âme, 1949, p.87).
Rem. gén. Le groupe nom. actualisé par l'adj. poss. ne peut, en gén., comporter deux subst. coordonnés: mes frère et soeur, mes livres et crayons. L'on ne trouve le cas que dans qq. loc. lexicalisées, toujours au plur.: les allées et venues de M mes allées et venues; mes faits et gestes; à mes risques et périls.
Prononc. et Orth.:[], [ma], [me] et [] (style oratoire, v. les). LITTRÉ: ,,L'n se lie, et la voyelle perd le son nasal: []``. Selon G. STRAKA ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg, t.19, n° 1, 1981, p.199, la dénasalisation des voyelles nasales à la liaison est signalée dès le XVIe ou XVIIe s., la lutte entre la phonét. (dénasalisation) et l'anal. (conservation de la voyelle nasale) continuant au début du XXe s.: ,,Sarah Bernhardt prononçait la voyelle nasale par ex. dans [], son œil rond, tandis que Féraudy, un autre acteur renommé de l'époque, disait [], mon ange.`` Auj. la voyelle nasale semble l'emporter: MARTINET-WALTER 1973 [], [], mon ami, mon enfant 15/20 contre [], [] 2/20. V. lointain. Homon. mont, mais, mets. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Art. poss. I. Masc. A.1. Cas régime sing. fin Xe s. mo (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 436: Vedez mo laz); ca 1050 mun (St Alexis, éd. Chr. Storey, 155: pur mun filz; 462: le duel de mun ami); 2. cas suj. sing. ca 1050 mes (St Alexis, 464: Ne puis tant faire que mes quors s'en sazit); id. mun (id., 206: Mais nepurhuec mun pedre me desirret); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 2050: Ma hanste est fraite e percet mun escut); id. vocatif (id., 136: La vos sivrat, ço dit, mis avoez) - 3. mon précédant un subst. fém. commençant par une voyelle fin XIIe s. mon airme lorr. (Sermons de St Bernard, éd. W. Foerster, p.7, 6 et p.53, 20); 1re moitié XIIIe s. men ame (Gaufrey, 10 ds T.-L.). B. 1. Cas régime plur. fin Xe s. mos (Passion, 435: Vedez mos peds); ca 1100 mes (Roland, 315: A lui lais jo mes honurs e mes fieus); 2. cas suj. plur. ca 1050 mi, mes (St Alexis, 203, 403). II. Fém. A. 1. Cas régime plur. fin Xe s. mas (Passion, 435: vedez mas mans); ca 1100 mes (Roland, 3282: Mes escheles, tutes les guiereiz); 2. cas suj. plur. ca 1050 mes (St Alexis, 401: O filz qui cui erent mes granz ereditez). B. 1. Cas régime sing. ca 1050 ma (St Alexis, 442: Or vei jo morte tute ma porteüre); ca 1100 élision devant voyelle (Roland, 620: Tenez m'espee), cf. mie «amie»; 2. cas suj. sing. ca 1050 ma (St Alexis, 207: ... mun pedre me desirret Si fait ma medra...). Mes, mon - mi, mes; ma, mes sont respectivement issus des adj. poss. lat. atones mus, mum - mi, mos; ma, mas, formes réduites du type class. meus, meum - mei, meos; mea, meas, att. au VIIe s. par le grammairien Virgilius Maro (VÄÄN., § 284), constituant dans la langue parlée de Gaule une série distincte de la tonique; ces formes sont prob. analogiques de tuus, suus atones, régulièrement réduits à tus, sus (ibid., § 80). Le maintien du -m final de meum, mum et son amuissement dans mea(m), ma(m) sont à rapprocher de sa stabilité derrière U plus que derrière toute autre voyelle, constatée dans les inscriptions de Pompéi (VÄÄN. Inscr., pp.132-134; F. DE LA CHAUSSÉE, Morphol. hist. de l'a. fr., § 67, 2°, 3°). Mon, cas suj. masc. sing., mes, cas suj. masc. plur. sont à l'orig. des formes du cas régime.
STAT. Fréq abs. littér. Mon: 172714. Ma: 117416. Mes: 71315. Fréq. rel. littér. Mon: XIXe s.: a) 295942, b) 254350; XXe s.: a) 228247, b) 208441. Ma: XIXe s.: a) 194974, b) 182173; XXe s.: a)150259, b) 145004. Mes: XIXe s.: a)134610, b) 100295; XXe s.: a)83607, b) 84405.
BBG. —HARRIS (M.). «Demonstratives», «articles» and «third person pronouns» in Fr.: changes in progress. Z. rom. Philol. 1977, t.93, pp.254. — SANDFELD (Kr.). Synt. du fr. contemp.: les pron. Paris, 1965, pp.178-221.

mon, ma, mes [mɔ̃, ma, me] adj. poss. 1re pers.
ÉTYM. V. 1050; meon, au Xe; formes atones des adj. lat. meum, mea, meos, meas. → Mien.
REM. 1. (Forme). Dans l'ancienne langue, la forme ma s'élidait en m' devant un mot fém. commençant par une voyelle ou un h muet (m'âme, m'amie); dès le XIIe s. on a remplacé cette forme par la forme masc. (mon amie). → Mie (ma mie pour m'amie); Mamour x(m'amour). Liaison : mon ami [mɔ̃nami] ou vieilli [mɔnami].
2. (Fonction). Mon (ma, mes) se rapporte normalement à un possesseur unique.
3. (Sens). Comme les autres adjectifs dits « possessifs », mon (ma, mes) peut exprimer, outre la possession proprement dite, des rapports de toutes sortes : qualité propre, convenance, conformité, habitude, intérêt personnel, sympathie, affection, déférence, etc. — Très souvent aussi, il équivaut à un complément déterminatif (de moi). Dans ce cas, il peut avoir un sens subjectif ou objectif :« La personne à laquelle se rattache l'adjectif possessif peut être sujet : Mon travail, c'est le travail que je fais; ou au contraire objet : à ma vue, le voleur s'enfuit, c'est le voleur qui m'a vu; à ma vue veut dire : à la vue de moi » (Brunot, la Pensée et la Langue, p. 152).
4. (Place). Mon (ma, mes) se place toujours devant le nom qu'il détermine. Mon sujet de thèse; le sujet de ma thèse (si les deux noms forment un composé ou un tour substantif, le possessif vient en tête : mes cartes de visite. Mon coquin de domestique. || « Ma petite parisienne de sœur » [M. Prévost, M. et Mme Moloch, p. 211]).
5. (Renforcement). a Par le pronom personnel. Moi.
b Par l'adjectif propre.
1 Mais, je le sais bien, je n'ai rien dans la tête, rien que mes idées (…) voilà tout (…) Rien que mes idées à moi, c'est terrible !
J. Vallès, le Bachelier, X, p. 95.
6. (Répétition). Devant deux substantifs coordonnés mon est généralement répété (mon père et mon oncle), sauf si les deux subst. désignent la même personne (mon collaborateur et ami) ou sont de sens rapproché, et forment une locution (en mon âme et conscience; mes faits et gestes…).
———
I (Sens subjectif, marquant un rapport centré sur le locuteur). Relatif au locuteur.
1 a Qui est à moi, qui m'appartient ( Je, moi). || « Mon arc (cit. 2), mes javelots, mon char, tout m'importune » (Racine). || Mon lopin (cit. 1) me suffit. || Ma pauvre maison (cit. 2). || Mon magasin (cit. 1).
2 Tu es trop féroce, Père Ubu. — Eh ! je m'enrichis. Je vais me faire lire ma liste de mes biens. Greffier, lisez ma liste de mes biens.
A. Jarry, Ubu roi, III, 2.
3 Je rentre dans la grande salle, tout embaumée de soupe, et m'assieds près de la fenêtre, sur ma chaise. Voici mon bol, mes sabots, mon petit flacon d'encre. Cela semble si bon de retrouver ces choses à soi, ces riens amis qu'on aurait pu ne jamais revoir.
R. Dorgelès, les Croix de bois, VI.
4 Quelle corbeille ? — La mienne, dit Chéri avec une importance bouffonne. ma corbeille de mes bijoux de mon mariage (…)
Colette, Chéri, p. 9.
(En parlant de l'être, corps et esprit, de la personne qui parle). || Mon bras, mon épaule (→ Appuyer, cit. 1 et 31). || Mon cœur. || Mon regard. || Mon esprit (→ Augmenter, cit. 9; liant, cit. 1), mon âme (→ Écho, cit. 15, Hugo). || Tout mon être.Loc. À mon corps (cit. 30) défendant.Par ext. || Ma taille, mon poids.
REM. Devant les noms désignant les parties du corps, de l'être, l'article défini remplace souvent l'adj. poss. : J'ai mal à la tête; vous m'avez fermé la bouche (cit. 15), le cœur me battait… (→ 1. Le, cit. 6 et supra; Me, cit. 8, 9 et 10). L'emploi du possessif est possible ou régulier quand il importe de préciser le possesseur « Mets tes mains dans mes mains » (Coppée, cité par Le Bidois) ou d'insister sur la possession; quand le nom est accompagné d'une épithète (je lui ai montré ma jambe blessée) sauf après « avoir » (j'ai la jambe enflée); dans des emplois pléonastiques (je l'ai vu, de mes yeux vu) ou figurés (je donne ma langue au chat; il a demandé ma main).
5 Ce fantôme qui est notre moi — (…) et qui est vêtu de notre poids. Songe-t-on le sens de ce mot : Mon poids ! Quel possessif ! (…)
Valéry, Monsieur Teste, p. 114.
6 Dès qu'il a pu parler, il m'a dit : — Vous m'avez coupé la jambe ? (Plus tard) : « Comment vas-tu (…) ? — Mon général, on m'a coupé ma jambe (…) — Mais je le sais bien, mon enfant. (…) »
G. Duhamel, Vie des martyrs, p. 147-149.
7 Je pose ma main sur ma poitrine, je tâte mon cœur (dit un cardiaque).
F. Mauriac, le Nœud de vipères, I, I.
(En parlant des sentiments, des états de conscience). || Mon amour, mon désir (→ Argument, cit. 10), mon admiration (→ Attaquer, cit. 34). || « Viens réparer ma honte » (→ Fils, cit. 1, Corneille).Mon opinion, mes idées. || Mon ignorance (→ Macérer, cit. 5). || À mon avis (cit. 17), à mon gré (cit. 5). || Mes souvenirs (→ Attacher, cit. 100).
(En parlant des états habituels du corps ou de l'esprit). || Mes rhumatismes, mon asthme.Je ne me sens pas dans mon assiette.
(En parlant de l'existence et de ses moments). || Ma naissance, mon enfance (→ Lettre, cit. 33), ma jeunesse (→ Étude, cit. 14). || Le fil (cit. 22) conducteur de ma vie. || Mon destin.
8 Mon âme et ma destinée seront toujours en contradiction.
A. de Vigny, Journal d'un poète, nov. 1838.
b Spécialt. Qui est mien, à quoi j'appartiens. || Mon peuple, ma nationalité. || Les gens de mon espèce (→ Lutter, cit. 4). || Mon école, ma classe. || Mon époque, ma génération, ma promotion.De mon temps. || Dans ma rue.REM. Le rapport d'appartenance est ici inversé. Mon époque : l'époque à laquelle j'appartiens (et non : qui m'appartient).
(En parlant des actes, des choses dont on est l'auteur ou l'agent). || Mon livre, mes livres (→ Main, cit. 81).Tout est de ma faute (cit. 42). || Par mon fait (cit. 5).Sur mon passage (→ Lever, cit. 16); mon arrivée, mon départ. || Je leur ai fait mes adieux. || Présentez-lui mes hommages.(En parlant de ce que l'on doit faire). || Ma mission, mon mandat (cit. 7). || Je viens de finir mes études (cit. 21). || Mon travail.
9 Je me suis attardé à faire un peu ma cour à M. Vernouillet.
— Votre cour ?
Émile Augier, les Effrontés, I, 7.
10 (…) je ferai mon droit, je me ferai recevoir avocat, même docteur, pour fainéantiser un an de plus.
Flaubert, Correspondance, 28, 24 févr. 1839.
c Par ext. Qui me convient, m'est habituel. || Je vous répondrai à mon heure. || Ce n'est pas mon genre, mon type. || « J'avais ma foulée » (cit. 3).Je prenais mon petit verre de fine du dimanche.
Argot. || Ma pomme : moi. → Mézigue.
2 (Devant un nom de personne, marquant des rapports de parenté ou de relations). || Mon père, mon fils. || Mon oncle (fam. m'n oncle). || Mon mari. || Ciel, mon mari ! || Ma femme. || Mes filles (cit. 7 et 11), mes enfants. || Ma fiancée (cit. 4).Mon patron. || Mes ouvriers. || Mes élèves. || Mes voisins, mes clients.
REM. Avec des noms de personnes, le possessif ne marque presque jamais l'appartenance, la possession au sens strict (mon esclave), mais des relations sociales diverses, infériorité ou supériorité; subjectivité : mes invités; objectivité : mes critiques, mes persécuteurs : ceux qui me critiquent, me persécutent… Cf. dans l'anc. langue : mon haineux (celui qui me hait), ma cruelle (qui m'est cruelle), et ci-dessous (II.).
11 (…) un chef de service appelle « mon interne » l'interne qui lui est subordonné; mais un externe appelle aussi « mon interne » l'interne auquel il est subordonné. Mon, dans ces deux cas (…) exprime deux modes de possession opposés.
J. Damourette et É. Pichon, Essai de grammaire de la langue franç., t. VI, §2603.
12 Tragique besoin de possession : « Mes études, mon régiment, mon juge, mon bourreau. »
G. Duhamel, Salavin, Journal, 20 juin.
13 As-tu remarqué que tu dis toujours « ton fils » quand tu as à te plaindre de lui, et « mon fils » quand tu en es contente ?
Paul Géraldy, Noces d'argent, II, 8.
(Avec un nom propre, marquant une relation affective).
14 Mon Polyeucte touche à son heure dernière (…)
Corneille, Polyeucte, IV, 5.
3 Mon, ma, mes marquant l'intérêt personnel. (« Dans un récit, le locuteur se constitue possesseur de personnages du récit » Damourette et Pichon, Essai de grammaire de la langue franç., §2651). || Alors, mon bonhomme s'est mis à hurler comme un fou. || Mon loup a les boyaux percés (→ Arc, cit. 1, La Fontaine).
15 Voilà de mes damoiseaux flouets (fluets), qui n'ont non plus de vigueur que des poules.
Molière, l'Avare, I, 4.
(Avec un numéral ordinal). Désignant la personne ou la chose qui est en rapport avec le locuteur. || J'en suis à mon trente-troisième mandarin (cit. 2, Balzac).
16 « Pour moi, c'est mon premier cadavre » (dit un juge).
Henry Bordeaux, le Lac noir, II.
S'appliquant « à un objet que l'on s'est pour ainsi dire approprié par son travail, son étude… » (Brunot, la Pensée et la Langue, p. 152). || Je sais mes auteurs. || Je connais mon monde. || Je gagne mes cent francs par jour.
(En parlant de ce qui est attribué, à tort ou à raison, à la personne qui parle).
17 — Fermez-moi donc votre porte. — Pourquoi « ma porte » ? Cette porte ne m'appartient pas en propre. Mais tel est Cerbelot : il faut qu'il attribue chaque parcelle de l'univers à quelqu'un.
G. Duhamel, Salavin, Journal, 10 mai.
4 En s'adressant à quelqu'un. (Emploi « allocutoire »).
(Dans la famille). || Oui, mon père, ma mère (→ dans le registre soutenu : père, mère, et, plus fam., papa, maman). || Viens, mon fils… (cit. 1, Corneille). || Mon enfant (cit. 28.2, 28.3 et supra). || Mon garçon.
18 — Tu appelles encore M. Lepic « papa » à ton âge ? dis-lui « mon père » (…) — Au revoir, ma mère (…) — Tiens, dit madame Lepic, pour qui te prends-tu Pierrot ? Il t'en coûterait de m'appeler « maman » comme tout le monde ?
J. Renard, Poil de carotte, p. 120-121.
(Hors de la famille). || Bonjour, mon ami; oui, mes amis. || Mon cher ami. || Mon petit ami. || Mon cher monsieur. || Mon cher (cit. 10) philosophe. || Mon cher maître. || Mes chers auditeurs. || Mon pauvre Nicolas (→ Loup-garou, cit. 1). || Mon petit Jeannot, mon cher Jean, mon pauvre Paul…(Langage amoureux). || Mon chéri, ma chérie, mon amour, mon ange (→ Maîtresse, cit. 65). || Oui, mon (petit) chat. || Mon chou. || Mon loup. Affection (cit. 15 et infra : termes d'affection).(Devant des adjectifs pris substantivement). || Mon bon (cit. 63), mon brave. (Vx). || Ma bonne (cit. 62). || Mon cher (cit. 11). || Ma chère (cit. 6). || Écoute, mon (petit) vieux… || Mon petit.Mon fils, ma fille… (en parlant à quelqu'un qui n'est pas de la famille). → Fille, cit. 12.
19 Monsieur de Valois était le seul qui pût bien prononcer certaines phrases de l'ancien temps. Les mots mon cœur, mon bijou, mon petit chou, ma reine, tous les diminutifs amoureux de l'an 1770 prenaient une grâce irrésistible dans sa bouche (…)
Balzac, la Vieille Fille, Pl., t. IV, p. 214.
19.1 Les dames qui vont souvent au marché ont leurs marchandes de prédilection; ce qui n'empêche pas toutes les autres de crier lorsqu'elles passent : — Venez donc me voir, mon cœur ! (…) Achetez-moi donc, mon bijou (…) Étrennez-moi, mon chou, vous me porterez bonheur.
Ch. Paul de Kock, la Grande Ville, t. I, p. 219.
20 Les yeux fixés sur Fontan, elle l'accablait de petits noms : mon chien, mon loup, mon chat (…)
Zola, Nana, VIII.
REM. Devant un prénom sans adjectif, le possessif exprime un sentiment de profonde tendresse :
21 (…) c'est que je t'aime tant, mon René, et les hommes sont si méchants (…)
Paul Bourget, Mensonges, XV, p. 284.
(Exprimant des rapports spirituels). Relig. || Mon Père. || Mon Frère. || Mes bien chers frères. || Mes Révérends Pères (→ Lettre, cit. 20). || Ma mère (supra cit. 17). || Ma sœur.Mon Dieu.
(Exprimant des rapports hiérarchiques). Milit. || « Un militaire, parlant à un supérieur militaire, dit : mon lieutenant, mon capitaine, et de même pour les autres grades jusqu'à mon général… Un supérieur parlant à un inférieur, dit, sans possessif : colonel, major (commandant), etc. L'inférieur dit, sans possessif : caporal, sergent… Dans la marine, on ne met jamais mon devant l'appellation du grade employée comme terme allocutif » (Grevisse, le Bon Usage, §425, rem. 2).Par ext. || « L'usage militaire (…) tend à généraliser ce tour; des prévenus disent : Mon président… » (Brunot, la Pensée et la Langue, p. 260).
22 Ah ! mon Pape, la belle mule ! (…)
Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, « La mule du Pape ».
Fam. (Marquant des nuances très diverses, de la franche camaraderie à l'ironie et au mépris…). || Ah ! bien, mon salaud, mon cochon. || Mon colon (cit. 2).
23 — Oui, mon petit milicien, répondit l'officier en retraite (…)
Balzac, Illusions perdues, t. IV, p. 666.
24 C'est que je vous connais, mes bougres !
Zola, la Terre, III, V.
REM. Monsieur, monseigneur, madame, mademoiselle, sont, originellement, des interpellatifs dans lesquels on retrouve le possessif de la 1re personne (mon…, ma…). → aussi Messire.
———
II (Sens objectif). De moi, relatif à moi (avec un nom de personne). || Mon persécuteur, mon juge (→ ci-dessus, I., 2.).(Avec un nom de chose). || Elle est restée dix ans à mon service. || On m'a félicité de mon élection. || Il était venu à mon aide.Loc. À mon égard, à mon intention (cit. 13), à mon endroit, en mon honneur, en ma faveur.
25 Son sourcil froncé m'avertit suffisamment que ma rencontre lui était désagréable.
France, le Crime de S. Bonnard, p. 58.
REM. De nombreux exemples classiques de cet emploi objectif ne sont plus guère compris de nos jours.
26 J'irai semer partout ma crainte et ses alarmes.
Racine, Britannicus, III, 5.
27 (Vous savez)… Que je ne cherche point à venger mes injures.
Racine, Athalie, II, 5.
HOM. Mont. — Mât. — Mais, mets.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • MØN — est un groupe de 7 musiciens formé en 2004, dont la musique se veut intrigante et nuancée, tendue ou lyrique, et évolue entre rock, pop et classique. La musique de MØN emprunte aux bases du post rock (les dissonances de Silver Mt. Zion ou les… …   Wikipédia en Français


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